Le déconfinement pour les gros.ses

19 mai, accélération du déconfinement, avec réouverture des terrasses, des lieux culturels et des commerces non essentiels. En toute logique, les gens sont heureux, pour eux la vie va (re)commencer. Moi je le suis un peu moins et je me suis demandé pourquoi.

Passons sur le fait que je ne suis habituellement pas une socialite. En marchant tout à l’heure dans la rue, je me sentais déjà nostalgique de cette parenthèse un peu douce où les micro-agressions étaient de fait moindre. Oui parce qu’en fait la vie urbaine quand on observe bien, elle n’est pas super adaptée aux gros.ses de corps et/ou d’esprit. Au détour d’une activité banale, il n’est pas rare d’être micro-agressé.e par un objet ou par une personne. Ce n’est rien, on fait avec mais on sent bien au fond qu’on dérange un peu cette belle harmonie. Quelques exemples ? Avec plaisir :

Les terrasses de café

A la réouverture, et c’est bien normal, il va falloir encore plus que d’habitude optimiser les m2 et donc serrer les tables. Et non, la distanciation ne résistera pas à la nécessité de faire du chiffre d’affaire. Qui dit tables serrées, dit passage entre les tables quasi impossible quand on a un corps gros. En temps normal déjà, on est toujours un peu préoccupé.e par ce fameux passage ainsi que par la taille des chaises. Au déconfinement, la préoccupation ne sera que plus forte.

Les lieux culturels

Puisqu’on parle de taille de chaises, parlons des lieux culturels, théâtres et autres salles de concert qui ont certes du charme mais ne sont pas adaptés aux corps gros. Et de cette angoisse de rester coincé.e dans le siège aux moments où la salle se lève spontanément pour des bravos enflammés qui empêche de profiter pleinement du spectacle

Les transports

Alors là, le choix est grand : la taille des sièges dans le métro qui donne la sensation d’être assis.e à moitié sur son voisin et font que l’on préfère rester debout, le regard de ce voyageur malotru qui essaie de nous faire comprendre qu’il n’y a pas de place pour notre corps dans cette rame déjà bondée, les volées d’escaliers du métro qui coupent le souffle….

Et finissons pour l’instant cette liste avec… le shopping

Ah, le shopping, instant quasi religieux dans ce monde consumériste. Eh bien le shopping ne m’a pas tant manqué puisqu’en temps normal déjà, on me prive de cette activité. Les magasins non essentiels, les vêtements et chaussures principalement, sont les magasins où je ne vais de toute façon que rarement puisqu’ils ne proposent pas ma taille. Mais j’y vais, par conviction et par revendication.

Des exigences de gros.ses

Vous aussi vous avez remarqué à quel point l’expression « exigences de gros.ses » ressemble à un oxymore ?… Les exemples précédents ne sont évidemment pas des raisons pour renoncer et rester chez soi mais plutôt des raisons pour décider d’un changement durable. Le confinement nous a appris le confort et la sauvegarde de nos états physiques et mentaux, gardons cette exigence. N’acceptons plus toutes ces micro-agressions et choisissons de ne vivre que des expériences agréables en choisissant avec soin les lieux et les personnes que nous fréquentons. Pour les personnes, je ne peux rien, mais pour les lieux, j’espère que Bertines deviendra peu à peu un bon outil pour identifier ces lieux où il fait bon être « différent.e », ces lieux ou l’inclusion est banalisée.

NB : j’ai bien conscience que cette liste est totalement valable aussi pour une personne porteuse d’un handicap. La ville est pensée pour les bien portants et les bienséants et que les autres se débrouillent.

Photo de Daria Shevtsova sur Pexels.com

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